Médias : le personnel du journal Le Phare s’affranchit de son DG et dit non à l’enterrement vivant du quotidien

En République démocratique du Congo, il est difficile de voir les héritiers pérenniser l’oeuvre construite, parfois dans la douleur, par leurs pères dans le domaine de la presse. Le cas du quotidien «Le Phare», journal créé en 1983, illustre tristement cette réalité.  

Le torchon brûle depuis un moment entre le personnel du quotidien Le Phare et Noël Muboyayi, DG accusé de siphonner toutes le recettes de l’entreprise à partir du Canada où il est résident. A ce jour, le journal est très endetté avec plus de trente six mois de loyer non payés équivalant à 36 000 dollars, vingt-quatre mois d’arriérés de salaire du personnel; eau et électricité coupées depuis longtemps.

C’est dans cette situation que Noel Muboyayi, gestionnaire exclusif du compte du journal et des recettes payées directement en liquide, annonce via un message Whatsapp, selon ce que rapporte Le Phare, la fermeture du journal et le renvoi du personnel en congé.

Unilatéralement, Noël Muboyayi informe le Coordonnateur du journal et Directeur de la Publication, Jacques Kimpozo Mayala,  de l’arrêt officiel de la parution du journal sous toutes ses formes et en dur tout comme en ligne, évoquant comme raison la situation financière qui perdure et des dettes accumulées auprès du bailleur.

La réaction musclée du personnel

Sans atermoiement, M. Kimpozo par sa piquante plume, réplique que Le Phare ne doit pas être enterré vivant. «Face aux velléités dictatoriales de celui que nous ne considérons plus comme notre DG car ayant trahi notre cause commune, nous disons non à sa tentative visant à enterrer Le Phare vivant. Qu’il sache que nous sommes en train d’exécuter, depuis une année, un plan B qui ne lui coûte rien. Le Phare va donc continuer à paraître sous tous les formats dictés par les circonstances», indique-t-il.  

Nous ne dépendons plus, poursuit-il, du DG ni financièrement, ni au plan logistique, précisant que: «Le Phare ne pourra cesser de paraître que sur pied d’une décision ou des instances de la profession».

Une décision prise par ignorance de la loi

Une entreprise de presse n’étant pas une brocante, on ne peut se réveiller un matin et déclarer son intention de mettre la clé sous le paillasson. En RDC, la déclaration de la faillite d’une entreprise, un média soit-il, est encadrée par de lois. Comme le personnel enregistre plusieurs mois d’arriérés de salaire, en principe, les dispositions du code du travail et de l’Acte uniforme OHADA portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif doivent s’appliquer.

L’article 110 du Code du travail dispose qu’en cas de faillite ou de liquidation judiciaire, les travailleurs sont considérés comme des créanciers privilégiés. Ils passent avant tous les autres créanciers, y compris le Trésor Public.

Triste fin d’une grande oeuvre

A l’instar des orchestres et groupes musicaux congolais, les journaux; en RDC, ne tiennent pas longtemps après le décès de leurs créateurs. Depuis la mort de son éditeur  Polydor Muboyayi Mubanga, en juin 2021, le grand projecteur qu’a été Le Phare est en «panne» é cause d’une mauvaise gestion, une situation triste au regard du rôle qu’a joué ce média tant du point de vue politique, économique que social. La question qui se pose est donc : comme un mourant saisi par des convulsions avant l’arrêt cardiaque, combien de temps Le Phare va-t-il encore tenir avant le déclin?

Malheureusement, ils sont nombreux les médias qui reposent aujourd’hui au «cimetière de journaux» ou en coma, parce que mal gérés notamment par les héritiers. Tel est le cas du journal L’Observateur, dont l’éditeur Mankenda Voka, décédé en 2013; et du quotidien Le Palmarès de Michel Ladi Luya, décédé en 2016.

Pour le cas du journal Le Phare, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et bien d’autres partis politiques jadis de l’opposition ont eu à s’appuyer sur ses colonnes et lignes dans leurs combats politiques. L’opinion sait combien ce journal défiait, sans peur, le régime de Joseph Kabila et titrait ostentatoirement sur  les actions politiques d’Etienne Tshisekedi. L’UDPS devrait penser à venir en aide à l’équipe rédactionnelle dirigée par M. Kimpozo Mayala, non pas pour influencer leur ligne éditoriale, mais parce qu’elle a bénéficié de l’accompagnement de ce grand tam-tam.

 

 

 

 

 

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